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Les chroniques doivent-elles être toujours positives ?

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Il est une coutume presque universelle chez les blogueurs et blogueuses littéraires, booktubeurs ou bookstagrameurs qui consistent à ne parler que des livres qu’ils ont aimés et passer sous silence ceux qu’ils n’ont pas appréciés. À première vue, cela semble une initiative plutôt sympa. Mais l’est-ce vraiment ?

 

Il n’y a pas si longtemps, lorsque je débutais dans le monde de l’autoédition, un des premiers blogueurs à qui j’avais confié un service de presse me déclarait grosso-modo : « Je vais le lire et j’en parlerai s’il me plait. Si je ne l’aime pas, je préfère ne pas en parler. » Évidemment, j’étais ravi. J’aurais une publicité positive ou pas de publicité. Que demander de mieux ? Et, en l’occurrence, j’ai eu une publicité positive : double satisfaction donc. Mais certains blogueurs à qui j’ai envoyé un SP au cours des dernières années, ne m’ont simplement jamais répondu et n’ont jamais publié quoi que ce soit non plus. Car certains ne répondent pas (ou très tardivement) mais publient tout de même une chronique. Je suppose donc que ceux-ci ne sont simplement pas très doués pour les relations humaines ou sont trop débordés, en bref, qu’ils ont une excuse (bonne ou mauvaise).

Ceux qui ne donnent aucun retour ni ne publie aucune chronique nous laissent cependant dans un flou plutôt désagréable. Font-ils simplement partie de la catégorie susnommée ? Ou alors ont-ils lu et détesté le livre à tel point que l’idée de reprendre contact avec l’auteur les plongent dans une sorte de catalepsie ? Mystère…

 

Toujours est-il qu’avec le temps, je pense de plus en plus qu’il est bon pour l’auteur, comme pour les lecteurs qui fréquentent le blog/chaîne youtube/compte instagram du chroniqueur de savoir lorsque celui-ci n’a pas apprécié un roman qui lui a été soumis. Et voici pourquoi, selon moi.

 

L’auteur a besoin de se remettre en question

La première raison est également la plus évidente. Si un auteur ne reçoit que des critiques positives de ces créations, il risque fort de ne jamais se remettre en question. Et c’est plutôt une mauvaise chose. Car malheureusement, on pourra être le pire des auteurs, il y aura toujours des lecteurs pour apprécier nos ouvrages. Car tous les goûts sont dans la nature. Il est donc tout à fait possible de produire des livres sans la moindre qualité scénaristique, avec des personnages plats ou encore étant simplement des ramassis de clichés, mais d’avoir un lectorat qui s’en contentera et appréciera. En autoédition, les ventes n’étant jamais mirobolantes, il sera difficile de savoir si c’est parce que le livre n’est pas « à la hauteur » ou juste parce qu’on est un piètre commercial.

Avec un avis négatif argumenté d’un critique, non seulement on peut prendre conscience du fait que non, on ne plait pas à tout le monde, et on peut même espérer progresser en prenant en compte les éléments remontés. Car même si notre dernier récit est un pur chef d’œuvre, mais que les critiques ne le comprennent pas, c’est peut-être aussi parce que certains éléments clés ne sont pas assez clairs. Lorsqu’on n’aime pas un livre, ce n’est pas seulement parce qu’il est mauvais, d’ailleurs. Il peut y avoir effectivement des problèmes de compréhension du texte, de structure narrative ou simplement de trop nombreuses fautes d’orthographe parce qu’on a voulu économiser sur le correcteur (chose qu’il ne faut jamais faire !!!).

En bref, une critique négative et argumentée, même si elle peut être un peu dure à vivre, est toujours gage de progression. En particulier lorsqu’elle vient d’un grand lecteur. De ce côté, les journalistes professionnels ont tendance à ne pas se priver de citer les erreurs et maladresses d’un auteur. En revanche, ils sont assez peu à accepter de l’autoédition.

Reste enfin, les chroniqueurs qui ne publient pas leur critique, mais font un retour en privé à l’auteur. De cette façon, ce dernier peut au moins profiter du retour et prendre le recul sur son œuvre pour améliorer ses prochains écrits… C’est là qu’intervient un second point important également.

 

Le public a le droit de savoir

Cet intertitre sonne un peu comme une réplique de film sur la théorie du complot. Lorsqu’un abonné se connecte sur le site/page/chaîne d’un chroniqueur, il s’attend à y dénicher des idées de lectures. Il ne peut pas aimer tout ce que le critique aime, évidemment, et petit à petit, il prend un peu de recul sur les avis. En particulier lorsque le genre ne lui convient pas. Un chroniqueur de l’imaginaire pourrait très bien adorer tout ce qui est dystopie, steampunk, uchronie et médiéval fantastique alors que certains de ses lecteurs ne supportent pas l’un de ces genres. Facile pour eux de faire l’impasse sur un titre bien noté mais appartenant au « mauvais genre ».

Si la démarche est légèrement plus compliquée, elle est pourtant possible avec les avis négatifs. À force de laisser des avis négatifs sur ses lectures, le critique donne également sa vision d’un bon livre. Et cette vision n’est pas la même pour tout le monde, quoi qu’on en dise. Ainsi, un lecteur assidu finira par comprendre que tel type d’œuvres recevant tel type de critiques négatives, correspond finalement à un style que ce lecteur apprécie. Il doit bien y avoir parmi vos amis une personne qui est systématiquement en désaccord avec vous sur les bonnes lectures ou les bons films ? Le principe serait ici le même. Si votre blogueur préféré parle d’un roman qu’il n’a pas aimé mais donne un avis étayé, vous avez une chance de découvrir un livre qui vous plaira quand même.

Et si au contraire, vous êtes toujours d’accord avec le critique, vous éviterez un achat désastreux. Combien de fois avez-vous été séduit par une couverture alléchante et un pitch bien fait pour découvrir un livre sans saveur ? Si le critique en avait parlé, vous sauriez qu’il est inutile de l’acheter, que ce soit sur le net ou au détour d’un salon alors que l’auteur vous le propose. À l’heure où le nombre de lecteurs se rapproche dangereusement du nombre d’auteurs, savoir quelles lectures éviter est un bon moyen de mettre son argent dans le bon livre, non ?

 

Chroniquer pour le plaisir

Je sais que la plupart des chroniqueurs font ça de manière bénévole et sur leur temps de loisir. Je les remercie d’ailleurs pour leur dévotion. Grâce à eux, de nombreux autoédités parviennent à avoir un peu de visibilité et c’est toujours très bon. C’est souvent pour cette même raison que les critiques se refusent à faire des commentaires négatifs sur un livre. Après tout, construire un article argumenté pour mettre en lumière un bouquin qu’on n’a pas aimé, ce n’est pas forcément une partie de plaisir. Mais d’un autre côté, c’est aussi rendre service à l’auteur et à ses lecteurs, pour les raisons que je viens d’évoquer.

Et puis, peut-être qu’il n’est pas nécessaire de faire des pages et des pages pour descendre un roman. Une petite news pour préciser que vous n’avez même pas dépasser le chapitre 3 à cause de ceci ou de cela, suffit déjà à donner de bons indicateurs aux uns et aux autres.

J’ai eu la chance de recevoir quelques critiques négatives sur mes textes et il ne fait aucun doute que c’est ainsi qu’on progresse le mieux. Alors si vous êtes blogueur, pensez-y des temps en temps, SVP.

 

Et qui que vous soyez, qu’en pensez-vous ? Suis-je le seul à penser ainsi ?

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