FacebookTwitter

Les obstacles à la confiance

Share On GoogleShare On FacebookShare On Twitter

On pourrait croire qu’un auteur autoédité, qui fait tout le travail d’édition tout seul ou presque, est une personne plutôt sûre d’elle et confiante. Ce n’est malheureusement pas souvent le cas, je l’expliquais dans l’article sur le doute. Selon les auteurs, on pourra parler de la timidité, de l’asociabilité plus ou moins marquée, de la difficulté relationnelle ou de l’introversion, bref de la relation à l’autre. Pour d’autres auteurs, cela se situera plus au niveau de la légitimité, de la qualité de son récit et donc, plus du côté technique ou, du moins, lié à sa production. Rares sont finalement les auteurs à la fois sûrs d’eux et de leurs livres. Voyons ensemble quelques-uns des problèmes récurrents chez les auteurs indés…

 

Les problèmes auxquels nous devons faire face dans le domaine de la confiance en soi sont multiples. Mais le premier d’entre tous reste celui de l’identité.

Suis-je un auteur ?

Sur ce sujet, je n’ai aucun doute : oui ! Je suis auteur parce que je crée des histoires. J’écris et je mets à disposition mes écrits. Je finis ce que j’ai commencé et des lecteurs, anonymes pour la plupart, peuvent accéder à mes créations. Je suis donc un auteur. Et je suis même un écrivain. Certains d’entre nous hésitent à utiliser cette appellation, surtout s’ils ne sont pas édités. Pour beaucoup, être écrivain équivaut à avoir un livre édité ou autoédité. Pour d’autres, il faut être dans une maison d’édition de renom, sinon ça ne compte pas. Je ne suis pas de ceux-là et ça me fait un problème de moins ^^

Reste les auteurs qui ont une autre activité. Un travail rémunérateur. Ceux qui voit l’écriture comme un plus. Souvent, lorsqu’on discute avec ceux-là, on comprend qu’ils ne se sentent pas auteurs. Ils sont comptables, électricien, secrétaire ou ambulancier mais pas auteurs. Comme s’il était impossible d’être auteur autrement qu’à temps plein. Rassurez-vous, nul besoin d’avoir écrit pendant 10 000 heures pour être considéré comme un expert dans l’écriture. Et d’ailleurs, est-il besoin d’être un expert en écriture pour être un écrivain ? Je ne pense pas…

 

Suis-je un bon écrivain ?

Là, les choses se corsent. Je ne pense pas être un bon écrivain. J’espère être aujourd’hui un meilleur écrivain que je ne l’étais il y a quelques années, mais je suppose également que je le suis moins que je ne le serai dans quelques années. En revanche, je sais que ce que j’écris plait à des gens que je ne connais pas. Voir les commentaires sur Wattpad, ou Amazon m’en a convaincu. Je pense aussi que mes histoires, si elles pourraient être mieux écrites, sont au moins aussi bonnes que la moyenne de ce qui sort en librairie. Je n’ai donc pas à rougir de mes livres. Pas trop en tout cas. C’est pour ça que, malgré ce manque de confiance, j’arrive tout de même à m’autopublier. Être bon ou mauvais, c’est, en grande partie, une question subjective. Il y a effectivement le minimum vital de la technique d’écriture (écrire dans un bon français, avoir une histoire construite et un minimum crédible, etc), mais pour le reste, chaque lecteur peut avoir un avis différent. Si Stephenie Meyer a de très nombreux détracteurs, ça ne l’a pas empêché de vendre des millions de livres. À l’opposé, JK Rowling semble un modèle pour beaucoup mais on trouve aussi des lecteurs qui détestent Harry Potter.

Donc je ne m’imagine pas comme trop mauvais, dirons-nous. Malgré tout, lorsque je me retrouve face à un auteur avec un peu plus de bouteille, j’ai toujours du mal à discuter littérature. Et là entre en jeu le prochain souci :

 

Suis-je légitime ?

Je ne peux pas vraiment répondre à cette question. Non que je n’ai pas d’avis, simplement que mon avis est paradoxal et reflète parfaitement mon manque de confiance. Si je ne m’estime pas légitime, je ne devrais pas publier de livre et tenter de les vendre à des inconnus. Or, je le fais. Pourtant, je ne me sens pas toujours légitime à le faire, et je ressens parfois la crise existentielle du syndrome de l’imposteur pointer le bout de son nez.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce charmant syndrome, il s’agit d’une petite voix au fond de nous qui nous dit (bien souvent de façon assez cassante) : « De toute façon tu veux faire croire que tu es un écrivain mais tu n’y connais rien ! Tu n’as aucun talent et si ça marche c’est bien parce que tu as de la chance ! ». Elle n’est vraiment pas sympa cette petite voix… De manière générale, une personne sujette à ce syndrome rejette la responsabilité de la réussite dont elle ne s’estime pas digne. Il y a évidemment plusieurs niveaux.

Je n’ai pas fait d’études littéraires, je n’ai pas même suivi de cours ou de tutoriels sur comment bien écrire un livre en huit ou quinze étapes. Je n’ai pas de formation à quelques niveaux que ce soit. D’ailleurs – comble de l’absurde pour beaucoup – je ne lis même pas. Du moins, je lis très peu de littérature (moins d’un livre par an). Chaque fois que je dis ça, je vois des sourires moqueurs pointer et aussitôt je suis placé dans une case « amateur ». Je suis convaincu qu’être auteur et être lecteur n’a aucune corrélation, mais puisque nous sommes très peu à penser cela, je n’ai pas souvent gain de cause. Cela ajoute donc encore à cette sensation de ne pas être à ma place parmi les auteurs, parfois.

Ce qui me rassure (un peu) c’est que nous sommes une majorité dans ce cas, finalement…

 

Et le relationnel ?

De ce côté, ce n’est guère plus brillant même si je progresse un peu plus chaque jour ^^

Il se trouve que j’ai des tendances à l’introversion, je l’ai déjà dit. Pour me vendre en salon ou en librairie, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. La bonne nouvelle est que le stéréotype de l’auteur me va plutôt bien du coup. Lors des salons, lorsque je vois certains de mes voisins alpaguer le chaland et leur vendre des livres par dizaine, j’éprouve une petite envie, ne nous voilons pas la face. J’aimerais être capable d’attraper les passants et le mettre mon livre en main en leur expliquant que c’est exactement ce dont ils ont besoin. Mais ce n’est pas moi, nous en avons déjà parlé dans l’article sur les salons…

Enfin, soyons honnête jusqu’au bout, même si j’ai l’air d’avoir plein de choses à raconter, je suis bien plus à l’aise derrière mon clavier pour vous parler de tout ça que si nous étions en face à face.

 

Bref…

Tout ça pour vous dire que le plus dur pour moi, bien souvent, ce n’est vraiment pas d’écrire. Ce serait plutôt d’oser me pointer devant un libraire et de dire « je suis auteur ». Car ça demande de passer mon introversion et mon syndrome de l’imposteur en même temps. Voilà pourquoi un agent littéraire, un attaché de presse ou un diffuseur est un partenaire indispensable à mon sens.

 

Vous remarquerez que, dans cet article, je ne parle pas de timidité ou d’asociabilité ou d’autres syndromes plus ou moins courants chez les auteurs. On ne parle bien que de ce que l’on connait. Pour le reste, je vous laisse la main ;)

Chers collègues auteurices :  quels sont vos points faibles ?

6 Comments

  1. Carazachiel

    17 janvier 2019

    Post a Reply

    Houuu, alors, j’ai l’asociabilité ( je ne suis pas à l’aise avec les gens, moi, aller dans un salon, impensable !), le syndrôme de l’imposteur (ce qui a tendance à énerver des gens x_x), je trouve mes écrits tout à fait médiocre, voire complètement nul (mais je me soigne), j’ai du mal à gérer les compliments que je trouve pas mérité, et quand j’obtiens un prix ou un truc, je me dis surtout que c’est dppu au hasard ou à une erreur !

    Pour le relationnel, l’idée même de devoir poser l’ordinateur et rencontrer des gens « en vrai » me fait me terrer dans ma banquette (oui, elle a un coffre xD)

    Ah oui, et l’autoedition, c’est parce que les éditeurs sont bien trop effrayants !

    J’ai tout bon ? Ah non, en fait non :x

    • Farence

      18 janvier 2019

      Post a Reply

      Hé Hé !
      Y a des éditeurs moins effrayants que d’autres, je te rassure.
      J’ai remarqué qu le syndrome de l’imposteur est assez mal compris par les gens qui ne le vivent pas. Du coup, ses victimes passent un peu pour des gens bizarres. Bref…
      Tous ces petits trucs qui gênent bien méchamment au quotidien peuvent cependant se travailler et on finit par les supporter plus ou moins bien. Ou en tout cas les atténuer. C’est du boulot quand même…
      Courage !

      • Carazachiel

        19 janvier 2019

        Post a Reply

        Des gens bizarres qui se  » plaignent pour attirer l’attention »
        Du coup, ils se plaignent plus. Du coup, ils ressassent. Du coup, c’est encore pire ^^

        Oui, en prenant sur soi, on finit par les atténuer, mais la petite voix reste bien présente à chaque instant, et parfois, elle gagne. Mais pas toujours !!

        Les éditeurs me font tous peur haha ^^
        Je me force à participer à des concours pour faire style  » j’ai pas peur, regarder, je participe », mais en vrai, c’est juste que perdre un concours, ça fait un peu moins  » échec personnel » qu’un refus de ME xD

        • Farence

          19 janvier 2019

          Post a Reply

          C’est vrai que ressasser, c’est pas top. C’est le genre de truc qui conduit en psychothérapie…

          Un refus de ME, ce n’est malheureusement une preuve de rien. Les grosses maisons ne lisent pas tout et même les petites ont des fois du mal à suivre le rythme…
          Et puis si on se fit aux nombres de maisons d’édition qui disent non à un auteur puis le rappel après qu’il a publié en autoédition et pété les scores…
          C’est pas la majorité, certes, mais ça suffit à démontrer que le système n’est pas vraiment fiable.
          Bref, ce qui fait que je reprends confiance régulièrement, c’est que la définition d’un bon auteur n’existe pas.
          La légitimité est subjective, au final. On est toujours plus dur avec nous-même qu’avec les autres quand on est honnête :)
          Du coup, nous sommes honnêtes…

  2. William Alcyon

    19 janvier 2019

    Post a Reply

    Bonjour,
    Je suis en phase avec presque tout sauf… la lecture. Eh oui, je fais partie de ceux qui pensent que pour écrire, il faut aussi beaucoup lire…
    Pour le reste, j’ai aussi du mal à croire aux louanges de mes lectrices (oui, j’ai plus de lectrices que de lecteurs, mon roman est un FeelGood !).
    Pour le reste, je crois que le temps et un second roman (je suis en train de l’écrire) m’aideront sans doute à progresser dans le fait de me sentir « légitime » en tant qu’acteur !
    Bonne continuation,
    William Alcyon

    • Farence

      19 janvier 2019

      Post a Reply

      Bonjour William :)
      Oui comme je le disais, je suis dans le camp de la minorité pour cette histoire de lecture/écriture :(
      Pour la légitimité, en effet, plus on écrit (et plus on a de succès) plus on se sent légitime avec le temps. Mais si je me sens effectivement un peu plus légitime qu’il y a 10 ans, c’est pas encore la grosse confiance… ^^;
      Bon courage à toi

Répondre à Farence Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *