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Pourquoi choisir d’être écrivain à plein temps ?

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Les temps sont durs. C’est la crise. La France va mal. La dette s’accentue, tout comme le chômage Si on écoute un peu les informations, rien ne va plus sur Terre et en France en particulier. Et malgré tout, il y a des gens qui lâchent leur boulot pour devenir écrivain. Un des rares métiers que personne ne prend vraiment au sérieux. Pourquoi faire une telle chose ? Parlons-en.

Évidemment, je ne parlerai que de moi. Je ne sais pas pourquoi d’autres font ce choix. D’ailleurs, il est important de noter que je n’ai pas lâché mon boulot pour devenir écrivain à plein temps. Il se trouve que j’ai perdu mon emploi et, après une période de chômage, j’ai finalement décidé de faire de l’écriture mon métier. Ceci étant dit, j’ai tout de même fait le choix de ne pas me réinsérer dans le système Métro, Boulot, Dodo en préférant le Stylo, Maison, Dodo. Mais pourquoi ?

Ceci est finalement une question très personnelle. Disons que ma personnalité s’accordait mieux à un travail en solitaire que dans un bureau. Comme par hasard, Kereban, mon premier livre édité, venait de sortir à cette époque et j’y ai vu une opportunité de me remettre plus intensément à l’écriture. J’ai donc saisi cette chance. Relativisons tout de même le terme chance, si vous le voulez bien. Auteur à temps plein, c’est financièrement la galère absolue. Dans le cas d’un auteur édité, on ne gagne des sous qu’un an après la sortie du livre et tant qu’on n’a pas les comptes, on ignore si on va gagner quoi que ce soit. Lorsqu’on est autoédité, certes on voit les comptes au fur et à mesure des ventes, mais puisqu’on doit aussi FAIRE ces mêmes comptes, on constate que l’argent rentre tout de même moins vite qu’il ne sort. C’est donc un métier difficile. Comme tout entrepreneur, me direz-vous. Et c’est vrai.

À une différence près tout de même, la plupart des auteurs n’ont pas la fibre commerciale. Et moi… Bah je ne l’ai pas du tout. Je suis un grand rêveur, en revanche, et j’ai la faiblesse de croire que si mes livres sont assez bons, ils finiront par trouver leur public, même si je suis un mauvais vendeur. Force est de constater qu’avec l’offre pléthorique actuelle (plus de 80 000 nouveaux livres chaque année), ce n’est pas vraiment évident.

Mais du coup, alors que je sais tout ça, que je suis un mauvais vendeur, que je suis autoédité et donc mal vu d’emblée par une partie du public, que je ne peux concrètement compter que sur moi et que tout ça me coûte beaucoup et me rapporte peu, pourquoi continuer ?

Parce que j’aime mon métier d’écrivain. J’aime écrire. J’aime parler de mon métier et de mes livres. J’aime apprendre des tas de choses sur des tas de sujets liés à l’écriture de mes bouquins ou même au marketing de ceux-ci. Et de nos jours, vu l’état du monde, je trouve ça important de pouvoir vivre en faisant ce qu’on aime. C’est aussi simple que cela. Un jour, si je n’arrive pas à vendre suffisamment pour vivre de mes livres, je retournerai prendre le métro et m’assoir derrière un bureau ou passer un tablier pour tourner des viandes dans un fast food (qui sait ?). Mais tant que je pourrai profiter de cette liberté, je compte bien continuer. Et pour que ça dure le plus longtemps possible, il faut que je me démène un peu, que je me bouge pour vendre plus de livres et fasse parler de moi en bien. Cette partie est bien la plus difficile pour un auteur et pour moi en particulier. Je sais que nous sommes nombreux dans le même cas. Des auteurs qui avons du mal à adopter un discours vendeurs. Certains ont cette capacité et c’est toujours impressionnant à voir.

La bonne nouvelle est qu’il semble qu’on puisse progresser dans ce domaine. Voici donc une nouvelle chose à apprendre… Une perspective plutôt intéressante donc !

Il n’empêche, ce choix n’est pas toujours facile à porter et à assumer. En particulier quand les gens que vous connaissez vous disent un truc du genre « alors, toujours pas de travail ? Un vrai, je veux dire… »

En cela, le métier d’écrivain diffère tout de même pas mal de n’importe quelle autre auto-entreprise. Si j’avais ouvert une boulangerie en vendant autant de pains que de livres actuellement, ou un garage automobile avec très peu de clients, on me plaindrait parce que je ne m’en sors pas et que c’est dur comme métier. Dans le cas présent, en général on me dit que je ferais bien mieux de chercher un vrai boulot plutôt que d’insister « là-dedans ».

Et j’aimerais prouver à tous que c’est un vrai métier. Que vivre de sa passion est possible pendant plus de quelques mois. Mais des fois, assez souvent en fait, j’ai bien envie de leur dire : « oui, tu as raison, je fais n’importe quoi… » En bref, de baisser les bras. Et puis je passe un weekend en salon, je rencontre des gens intéressés par mes livres et mon métier et je reprends un peu d’assurance, mais le doute n’est jamais loin.

On en parle du doute ? La prochaine fois…

5 Comments

  1. Lisa Haddou

    30 décembre 2018

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    Message tellement véridique ! Pas facile d’admettre cela autant sur papier que de vive voix mais m’en metier d’auteur est de moins en moins…respecté ? Approuvé ? Et ce même après tous les coups de gueules avec #auteurencolère ! Il semblerait qu’un monde sans livre ne soit pas un dérangement…

    • Farence

      30 décembre 2018

      Post a Reply

      Je pense qu »‘un monde sans livre serait effectivement embêtant, même pour ceux qui « dénigrent » un peu le métier. C’est juste qu’ils ignorent ce qu’il y a derrière ce mot un peu étrange : « auteur », « autrice »

  2. MHT

    30 décembre 2018

    Post a Reply

    E t bien accroche toi, pour réussir il faut avant tout y croire…. et bien sur aussi un peu de chance

  3. Amélie Hanser

    31 décembre 2018

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    Quand on consacre du temps à l’écriture ( j’entends du temps en moi sur un temps salarié « normal »), nous ne sommes vus que comme des doux rêveurs, des artistes (dans le sens péjoratif), voire des hippies égoïstes. En fait, nous ne sommes vus comme des écrivains officiels que lorsque nous sommes édités et aux revenus prolifiques. Ce qui m’énerve, parce qu’un auto-entrepreneur, peu importe son domaine, est vu comme débutant, acharné et prometteur durant toute la phase de démarrage de son affaire. Et si ça ne marche pas, et bien, c’est la crise ma pauvre dame.
    Pour ma part, j’ai choisi une solution intermédiaire à base de temps partiel et d’enfants à s’occuper. Pourtant, il m’arrive régulièrement de culpabiliser de ne pas travailler plus, alors que je sais ne pas être faite pour le travail de bureau classique. Heureusement dans un sens, je vis dans un pays où il n’est pas toujours bien vu qu’une mère travaille à temps complet.

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