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La joie des salons

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À la demande générale de Mayou (sur Wattpad), je vais un peu vous parler des salons. En route pour une visite guidée de l’envers du décor des salons littéraires ou acceptant les auteurs indépendants…

D’abord, il est important de savoir que les salons viennent rarement à nous (les auteurs). On doit mener une veille constante pour savoir où et quand ont lieu les salons littéraires. Il existe, certes, des sites régionaux, regroupant les principaux (par régions géographiques donc) et cela représente déjà un grand nombre d’événements. Mais il en existe encore une quantité qui n’est pas référencée. Parmi eux, certains sont très renommés et on en entend parler assez rapidement. Il en existe pourtant d’autres, plus confidentiels et non moins intéressants. À ce stade, avoir un petit réseau est utile pour ne pas rater trop de salons. Car un événement peut être intéressant à la fois d’un point de vue financier ou, justement, en terme de réseau. Il est parfois bon d’être présent sur un salon juste parce que des journalistes y seront et que cela nous donnera enfin une chance de les approcher.

Une fois une première sélection effectuée en fonction de la pertinence, il est temps de planifier et de faire un choix final. La plupart du temps, je choisi en fonction de la rentabilité attendue. Le but ultime reste quand même de gagner assez d’argent pour vivre, après tout. Donc, je choisis des salons pas trop loin de chez moi pour minimiser tous les frais annexes (nourriture, essence, péages, hôtel, …). Si un salon s’annonce bien ou m’a été recommandé, comme le salon du livre du Mans, je prends parfois un risque supplémentaire.

Certains salons sont gratuits, d’autres sont payants, voire atrocement cher comme le Livre Paris. Pour ce dernier, malgré sa renommée, je fais l’impasse car il me sera trop difficile de le rentabiliser.

Parfois, je fais un pari un peu risqué en me pointant sur un salon dédié aux mangas ou à la culture Geek. En général, même si cela évolue beaucoup, il y a peu d’auteurs et la concurrence est donc moins grande. Pour autant, le public de ces salons n’est pas composé que de lecteurs de romans. Ce peut donc être une bonne comme une très mauvaise idée.

En bref, chacun fait un peu comme il veut pour choisir son salon, mais lorsqu’on est indépendant et que notre seul revenu vient des ventes, on choisit en fonction de la rentabilité principalement. Pour ma part, je n’ai pas constaté de pic de ventes (en librairie ou sur internet) après un salon. La vente directe est donc mon seul critère. Le calcul est particulièrement simple : un salon est rentable si les recettes couvrent les dépenses. Les recettes n’étant constituées que des ventes de livres. Les dépenses sont en revanche variées. Il y a les frais de déplacement (essence, péage ou parfois train), les frais d’hébergement lorsqu’ils sont nécessaires, les frais de bouche (que j’essaie de réduire en apportant avec moi des sandwichs par exemple) et enfin les frais d’inscription au salon. Parfois, on a de la chance, le salon est gratuit et l’organisation va jusqu’à nous offrir le repas du midi. Parfois, en particulier avec les gros salons privés comme Livre paris, un emplacement coûte plusieurs centaines d’euros et la restauration sur place est atrocement chère.

Concrètement, il est parfois possible d’être rentable sur un salon en vendant moins d’une dizaine de livres. D’autres fois, il faut au contraire en vendre une bonne centaine pour espérer un résultat positif. Bien sûr, il est impossible de prévoir à l’avance si l’on va vendre beaucoup ou peu. Il est donc nécessaire de faire des projections et des statistiques en fonction du public type et du nombre de visiteurs. Certains salons sont encore jeunes ou pas forcément très portés sur les statistiques et sont donc incapables de dire combien de visiteurs ils auront. À l’opposé, des salons comme Livre Paris ou Paris manga vous envoient des plaquettes complètes avec le nombre précis de visiteurs sur les trois ou quatre dernières années ainsi que les profils de visiteurs. Cela peut même aller jusqu’à une estimation du panier moyen des visiteurs ! Au moins, vous savez pourquoi vous investissez (car les stands sont vraiment chers…).

Viennent ensuite les questions purement logistiques. Combien de livres emporter ? Quelle place pour la décoration ? Où dormir ? Comment communiquer avant l’événement et auprès de qui ? Quels goodies mettre en place ?

De ce côté, j’ai déjà mes petites habitudes. J’emporte toujours le même nombre de livres, à savoir de quoi remplir mes deux caisses. J’emmène moins de mes deux premiers livres (série Farence) et de Kereban. Ce dernier est parfois directement commandé par un libraire sur place (l’avantage d’avoir un diffuseur/distributeur). En terme de décoration, je fais soft avec mes kakémonos et parfois des figurines Pop. J’ai aussi toujours une ou deux nappes avec moi. Pour les goodies, je reste sur le basique marque page. Je vais tester les badges, qui semble remporter un certain succès en ce moment. On verra si ça marche ou pas.

Pour la communication, j’avoue faire très simple. Je n’ai pas encore une grosse communauté et les gens ne se déplacent pas spécialement pour moi (à quelques exceptions près et je vous en remercie d’ailleurs ^^). J’annonce donc mes événements sur Facebook, Instagram et Twitter. Parfois aussi sur Wattpad. Je me contente cependant en général d’un post par événement pour les petits salons. Je partage les publicités des endroits où je vais, si j’en vois, et c’est tout. Quand j’aurais une plus grosse communauté (ou plus active), je pense que je serai plus enclin à faire de la pub pour mes déplacements.

Faire un salon lorsqu’on est indépendant et lorsqu’on est chez un éditeur, c’est vraiment très différent. Toutes les questions de coût et de logistique ne sont gérées que par l’éditeur. L’auteur reçoit donc une proposition pour aller à tel ou tel salon. S’il accepte, il reçoit ensuite un billet de train (si nécessaire) et un laisser passer pour le salon. La seule chose à laquelle il doit penser est un stylo (et encore). Le stress est donc largement moindre, les livres sont sur place, la déco est faite par quelqu’un d’autres et les goodies sont également gérés par l’éditeur. D’un autre côté ; la liberté n’est pas la même non plus. En tant qu’indépendant, je choisis mes propres salons et j’en fais autant que je veux. Par ailleurs, vendre un livre sur un salon pour un indépendant c’est la meilleure rentabilité puisqu’on enlève les frais d’envoi, la part du libraire et l’éventuel part du diffuseur. En revanche, avec un salon un peu loin qui va demander une nuit d’hôtel et de l’autoroute, il faudra d’abord rembourser tout ça. D’où l’intérêt de se limiter à des salons proches.

Mais une fois toutes ces considérations bassement matérielles réglées, que reste-t-il ?

Eh bien, le reste c’est que du bonheur. D’abord parce qu’on rencontre tout un tas de collègues. Et entre indépendants, malgré une concurrence commerciale obligatoire lorsqu’on est dans le même domaine, il y a une certaine solidarité. Chacun est toujours prêt à donner un coup de main. Un conseil pour une meilleure couverture, un imprimeur moins cher, un nouveau salon qui a l’air prometteur, un correcteur moins cher mais très efficace…

Même lors d’un salon avec peu de visiteurs, les auteurs sont bien souvent contents car ils repartent avec de nouveaux contacts en poche. Il y a toujours une rencontre sympa à faire dans un salon littéraire.

Et puis, bien sûr, la rencontre avec des lecteurs est un moment assez particulier. Voir des yeux s’illuminer lorsque je présente Pentacle, des mâchoires tomber lorsque je montre Kereban ou des sourcils se froncer lorsque je parle de Caïn, ça n’a pas de prix. Le temps d’un salon, un auteur devient un guide touristique de ses propres univers. Il parle d’endroits que lui seul connait mais qu’il ne refuse pas pour autant de partager avec les futurs lecteurs. Et lorsqu’en face, l’oreille est attentive, réagit et pose des questions, on a un véritable échange. Les ventes ne se concluent pas toujours, mais ce moment aura été plus agréable qu’un entretien avec un prestataire informatique ou un prospect exigeant 😉

Et lorsque le futur lecteur devient un client en achetant le livre, alors la confiance de l’auteur reprend du poil de la bête. En ce qui me concerne, à chaque vente, je fais une danse de la victoire intérieurement. Après tout, cela veut dire que la présentation a suffisamment séduit le lecteur pour qu’il dépense de l’argent. C’est une grande marque de confiance, quoi qu’on en dise. C’est donc une véritable victoire. En particulier lorsqu’on est un peu introverti ou timide.

Mais avant de vendre, ou même de parler à un futur lecteur, il faut l’attirer vers notre table. Et de ce côté-là, il y a vraiment deux grandes écoles : les commerciaux dans l’âme et les attentistes. Ce sont des termes que j’utilise en général pour nous décrire, ils ont l’avantage d’être parlant malgré leur forme péjorative.

Le commercial, assez à l’aise avec le fait de se mettre en avant ou de vendre son travail est capable de vendre à pratiquement n’importe qui se présentant devant lui. L’auteur peut aller l’alpaguer jusqu’à quelques mètres de sa propre table parfois ou encore rebondir sur une réplique entendue à côté et accrocher le chaland même occupé ailleurs. Il y a bien sûr différents niveaux dans la maîtrise de la vente et de l’accroche mais la différence avec l’attentiste reste assez évidente.

L’attentiste aura tendance à rester derrière sa table et observer les visiteurs. Il n’en a pas peur mais il ne veut rien imposer. Il aimerait pourtant tout autant vendre ses livres. Mais que ce soit par respect, par timidité ou pour une tout autre raison, il n’ira que très rarement à l’assaut d’un visiteur pour lui proposer son livre. En revanche, si un passant s’arrête à sa table et semble s’intéresser, il saura présenter son ouvrage au moins aussi bien qu’un commercial.

Je fais partie de cette seconde catégorie, vous l’aurez compris. Pourtant, il m’arrive d’essayer d’accrocher des passants de temps en temps. Parfois ça marche… parfois ^^

Une fois tout cela expliquer, il ne me reste qu’à parler du bilan. À la fin du salon, le lendemain en ce qui me concerne, je fais les comptes. Combien de livres vendus ? Quelle recette pour cet événement ? C’est un exercice qui n’est souvent qu’une formalité. En effet, avant la fin d’un salon, en fonction des ventes réalisées, je sais déjà si je suis dans le rouge ou le vert. Si je confirme un salon déficitaire, la plupart du temps je décide de ne plus le refaire. Pour certains, selon le niveau de déficit ou même de bénéfice, la question reste posée. L’année suivante, si aucun salon ne se présente à la même date, il se pourrait que je retente. C’est en général le cas des salons peu chers et/ou proches. Un salon éloigné qui n’a pas marché donne des résultats financiers sans appel en général.

Je pense avoir fait le tour sur les salons et ce qu’ils cachent pour un indépendant. Si vous avez des questions, les commentaires sont là pour ça 😉

Je conclurai en parlant rapidement des séances de dédicaces en librairie. Le principe est à peu près identique à la différence près qu’on est seul et non pas un groupe d’auteurs. La concurrence est donc moindre mais les visiteurs ne sont pas venus spécialement pour voir des auteurs donc les ventes ne sont pas forcément importantes non plus. En revanche, les frais sont réduits à la marge de la librairie (30% en moyenne) et au déplacement. Il est assez rare que j’aille en dédicace en librairie loin de chez moi donc les frais de déplacement sont faibles.

Parmi les collègues qui me lisent, avez-vous des techniques ou habitudes différentes ? Faites-vous beaucoup de salons d’ailleurs ? Pour ma part, en 2018, c’était 21 salons et 4 librairies…

On se retrouve bientôt pour un nouvel article. D’ici là, n’oubliez pas de laisser des commentaires sur les sites d’achat en ligne ou sur Babelio lorsque vous lisez un livre d’auteur indépendant. Ça aide vraiment beaucoup !!

Merci à Elijaah Lebaron pour la photo 😉

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